
Ce rapport a été élaboré et rédigé par l’équipe chargée des données et des solutions technologiques de Magnet. À l’occasion du Mois de l’histoire des peuples autochtones, Magnet s’est appuyé sur son expérience dans la mise en œuvre de programmes d’apprentissage numérique et d’apprentissage intégré au travail afin d’étudier comment ces approches pourraient profiter aux Canadiens autochtones et favoriser la constitution d’une main-d’œuvre future inclusive, respectueuse de l’identité, des savoirs et du lien avec les terres ancestrales des Autochtones.
Le Canada est confronté à un paradoxe en matière de main-d’œuvre. Alors que les employeurs de tout le pays sont confrontés à des pénuries de main-d’œuvre, l’une des populations les plus jeunes et dont la croissance est la plus rapide au Canada se heurte toujours à des obstacles systémiques qui l’empêchent d’accéder aux opportunités d’emploi. Parmi les 1,8 million d’Autochtones du Canada, 41 % ont moins de 25 ans, ce qui constitue une source considérable en matière de talents, de leadership et de croissance pour l’avenir.
Pour de nombreux apprenants autochtones, les études supérieures impliquent souvent de quitter leur foyer, leur communauté, leur culture et leurs réseaux de soutien. Dans les régions éloignées et nordiques, l’absence d’infrastructures éducatives locales rend la situation géographique l’un des principaux obstacles à la participation économique. Le problème ne réside pas dans un manque d’ambition, de compétences ou de volonté de travailler, mais dans l’accès à l’éducation et aux parcours professionnels.
Ceci est important car, sur le marché du travail actuel, l’éducation détermine de plus en plus l’accès non seulement à de meilleurs salaires, mais aussi à la flexibilité, au choix et à la résilience professionnelle. Les mesures visant à réduire les inégalités en matière d’éducation constituent à la fois un impératif économique et un élément essentiel à la mise en place d’un marché du travail plus inclusif et plus adaptatif au Canada.
L’opportunité qui s’offre à nous est claire : si le Canada parvient à mettre en place des parcours d’éducation, de développement des compétences et d’apprentissage numérique auxquels les Autochtones peuvent faire confiance et qui sont adaptés à leurs réalités culturelles, nous pourrons faire en sorte que les talents autochtones n’aient pas à choisir entre la réussite professionnelle et leur appartenance à leur communauté.
Les Premières Nations, les Métis et les Inuits ont des histoires, des cultures et des réalités géographiques qui leur sont propres, et qui influencent leur accès à l’éducation et à l’emploi. La situation géographique, en particulier, explique une grande part des différences observées en matière de niveau d’études postsecondaires. D’après le recensement de 2021 :
Dans l’ensemble, environ 49 % des adultes autochtones âgés de 25 à 64 ans sont titulaires d’un diplôme de l’enseignement supérieur, contre 68 % des Canadiens non autochtones. Une analyse plus détaillée de ces données met en évidence l’influence considérable de la situation géographique. En effet, 56 % des Métis, qui vivent plus près des centres-villes, sont titulaires d’un diplôme de l’enseignement supérieur. Ce chiffre descend à 45 % chez les Premières Nations, y compris celles vivant dans les réserves, et n’atteint que 33 % chez les Inuits du Canada.
On constate ici un autre paradoxe : les Autochtones du Canada accordent une grande importance au fait de demeurer sur leurs terres ancestrales, ce qui leur permet de maintenir un lien essentiel avec leur famille, leur culture et leur identité, un lien indispensable à leur bien-être. Toutefois, pour accéder à l’enseignement supérieur, ou même à l’enseignement secondaire, nombreux sont ceux qui n’ont d’autre choix que de quitter leur foyer.
Les inégalités en matière d’éducation au sein des communautés autochtones sont également à l’origine d’une autre inégalité : l’accès à des emplois pouvant être exercés à distance. Il s’agit notamment de postes dans les services professionnels, la finance, l’administration de la santé et la fonction publique, des emplois généralement associés à une plus grande stabilité et à une rémunération plus élevée.
Statistics Canada tracked how many workers could feasibly do their job from home. 60.1% of jobs requiring a bachelor’s degree could be done remotely, compared to 19% for those requiring a trades certificate and 25% for those requiring a high school diploma. A bachelor’s degree potentially opens the door to a wider range of jobs that can be done remotely, and for higher wages, while also affording Indigenous Canadians the option of staying on their land and maintaining essential community and cultural connections.
L’influence de l’éducation sur les revenus et la mobilité professionnelle n’est pas hypothétique, elle est étayée par les données. Alors que le taux d’emploi des Autochtones canadiens, tel que constaté dans le recensement de 2021, s’élevait à 61 %, contre 74 % pour les Canadiens non autochtones, cet écart disparaissait presque entièrement lorsque l’on comparait les personnes titulaires d’un baccalauréat. Dans ce contexte, le taux d’emploi s’élevait à 82,6 % chez les Autochtones et à 82,5 % chez les Canadiens non autochtones.
Les adultes autochtones titulaires d’un baccalauréat étaient également plus susceptibles d’occuper des professions des secteurs professionnels et des services que les adultes non autochtones possédant le même diplôme, soit 56 % contre 49 %. Au final, le problème repose toujours sur l’accès à un niveau d’études permettant d’envisager des opportunités dans les secteurs offrant de meilleurs salaires et une plus grande stabilité, et qui se prêtent plus facilement au télétravail.
Les chiffres relatifs à l’éducation, aux salaires et aux parcours professionnels sont encourageants, mais de nombreux Canadiens autochtones sont encore laissés pour compte. En 2024, les travailleurs des Premières Nations hors réserve gagnaient en moyenne 33,37 $ de l’heure, les Métis 35,67 $ et les Inuits 33,42 $, contre 37,77 $ pour les travailleurs non autochtones.
| Groupe | Moy. Salaire horaire (2024) | Faible niveau de rémunération | Dans le secteur de la gestion |
| Premières Nations (hors réserve) | 33,37 $ | 23.6% | 5.8% |
| Métis (dans les provinces) | 35,67 $ | ~18.5% | 7.6% |
| Non autochtones | 37,77 $ | 18.5% | 9.4% |
Source : Statistique Canada, Qualité de l’emploi au Canada, Mise à jour – été 2025 (Cat. 14-28-0001); Qualité de l’emploi chez les membres des Premières Nations et les Métis, 2022 (Cat. 41-20-0002). Personnes en âge de travailler.
En 2020, 18,8 % des Autochtones vivaient dans des foyers à faibles revenus, contre 10,7 % des Canadiens non autochtones. À Winnipeg, qui abrite la plus grande population autochtone urbaine du Canada, 16 % de la population autochtone vivait en situation de pauvreté en 2020, soit près du double du taux observé chez leurs voisins non autochtones dans la même ville.
Il s’agit là de différences réelles aux conséquences tangibles, mais lorsque les chercheurs tiennent compte du niveau d’éducation, de l’âge et du genre, cet écart n’est plus observé. Le problème salarial est une question de répartition et d’accès à l’éducation, et peut donc être résolu.
La création de davantage d’opportunités de télétravail pour les Autochtones canadiens vivant dans des communautés éloignées est un objectif louable et nécessaire, mais ce n’est pas le seul. De nombreuses communautés éloignées et du Nord proposent des emplois dans la construction, la santé, l’hôtellerie et la gestion des ressources naturelles.
Pourtant, même pour ces emplois en présentiel, les communautés ont largement compté sur les employés interprovinciaux (EIP) c’est-à-dire ceux qui travaillent dans une région, mais résident dans une autre. Le Nunavut et les Territoires du Nord-Ouest, qui constituent une grande partie de l’Inuit Nunangat, affichent les pourcentages les plus élevés d’EIP (respectivement 23,2 % et 23,6 % d’après les données de 2002 à 2019).
Signal49 prévoit que d’ici 2045 la croissance du PIB réel devrait atteindre 41 % au Yukon, 20 % dans le nord de l’Ontario et 8 % au Nunavut. L’emploi devrait également augmenter de 18 % au Nunavut d’ici 2045, ce qui entraînera une hausse de la demande de main-d’œuvre locale.
Le renforcement des investissements dans l’apprentissage, les programmes collégiaux et la formation aux métiers spécialisés, ainsi que l’amélioration de l’accès à des formations dispensées à proximité du lieu de résidence, peuvent contribuer à remédier à ces pénuries.
Les programmes collégiaux et les apprentissages constituent les voies d’accès les plus directes à ces emplois, et ils représentent déjà le titre de compétence le plus courant parmi les travailleurs autochtones. Les programmes et les politiques doivent tirer parti de cette réalité et de son potentiel en rendant ces parcours plus accessibles localement, en facilitant l’accès à des qualifications supplémentaires, et en donnant la priorité au recrutement de talents locaux ayant suivi une formation pertinente.
L’objectif n’est pas de créer une voie unique vers la réussite, mais d’élargir l’éventail des choix en permettant aux apprenants autochtones de faire carrière dans leur économie locale et d’accéder à des possibilités de télétravail dans l’économie au sens large. À l’heure actuelle, la plupart des habitants des communautés isolées ne disposent d’aucune de ces deux options.
Les écarts en matière d’éducation entre les Canadiens autochtones et non autochtones résultent d’obstacles structurels, si bien que leur résorption exige bien plus que la simple offre de formations à proximité du domicile, ou en ligne. Sans une prise en compte adéquate de ces facteurs systémiques, l’élargissement des possibilités éducatives n’aura pas l’effet escompté.
Il peut s’avérer difficile de s’orienter dans les différents dispositifs de financement gérés par les autorités fédérales, provinciales et les gouvernements de bande, en particulier pour les étudiants de première génération qui ne disposent pas nécessairement de repère familial pour les guider, ce qui souligne l’importance de parcours plus clairs et de systèmes de soutien renforcés.
Les programmes d’études qui font abstraction des perspectives autochtones, les campus dépourvus de toute présence culturelle autochtone, et les systèmes de soutien qui ne tiennent pas compte de la situation particulière des apprenants autochtones nuisent au maintien dans les études, même chez les étudiants qui sont très motivés à leur arrivée. Ces investissements doivent être financés par des engagements stables et à long terme, plutôt que par des subventions à court terme.
Les traumatismes liés aux pensionnats, les bouleversements subis par les familles et la rupture de l’identité culturelle se reflètent aujourd’hui dans les données sur la participation aux études. L’enquête auprès des peuples autochtones de 2022 révèle les effets bien réels de ce système, qui se font encore sentir aujourd’hui. Les « Appels à l’action » de la Commission de la vérité et de la réconciliation décrivent en détail comment les pensionnats ont engendré une méfiance durable envers les établissements d’enseignement qui continue d’influencer aujourd’hui la participation aux études.
Les inégalités en matière d’éducation entre les Canadiens autochtones et non autochtones sont bien documentées, tout comme leurs répercussions sur les salaires et les possibilités d’emploi. Le développement de l’enseignement dispensé localement, de l’apprentissage, de la formation aux compétences numériques et de parcours de confiance vers l’emploi peut aider les apprenants autochtones à poursuivre une carrière, tout en conservant des liens avec leurs communautés, leurs cultures et leurs terres ancestrales.
La voie du Canada vers la réconciliation est complexe, mais le démantèlement des obstacles à l’éducation, fondé sur les principes suivants, offre une feuille de route vers de meilleurs résultats sociaux et économiques pour les communautés autochtones.
Pour une grande partie de la population autochtone du Canada, les formations dispensées au sein des communautés, les programmes hybrides et les investissements dans les collèges et instituts autochtones constituent un point de départ là où il n’existe aucune autre possibilité de formation. Les formations collégiales et les apprentissages dispensés à proximité du lieu de résidence donnent accès à des emplois au sein de la communauté et, lorsqu’ils s’accompagnent de parcours menant à l’obtention de titres de compétences supplémentaires, ouvrent également la voie à l’économie du télétravail.
Alors que les métiers spécialisés et les professions exigent de plus en plus de compétences techniques, la maîtrise du numérique doit faire partie intégrante de la formation dès le départ, que ce soit dans le cadre de l’apprentissage, des programmes collégiaux ou des cursus universitaires. Il ne faut pas considérer cette compétence comme une condition préalable que les étudiants sont censés posséder à leur arrivée. C’est un problème qui peut être résolu s’il est pris en charge dès la formation.
Statistique Canada a constaté que les entreprises appartenant à des Autochtones embauchent des travailleurs autochtones à un taux bien plus élevé que les entreprises non autochtones. Ces entreprises constituent des piliers de la communauté, des moteurs éprouvés de l’emploi pour les Autochtones, et la preuve concrète que la participation économique et le maintien sur le territoire sont compatibles. Soutenir l’entrepreneuriat autochtone en tant que stratégie en matière d’emploi, et non pas uniquement en tant que développement économique, représente l’un des investissements les plus directs qui soient.
Les étapes qui suivent sont déterminantes : soutenir les programmes d’apprentissage, créer des stages coopératifs et nouer des relations qui font en sorte qu’un premier emploi marque le début d’une carrière, plutôt qu’une simple expérience ponctuelle.
Les Autochtones canadiens veulent travailler. Ils souhaitent apprendre. Ils ont envie de concilier ces deux aspects, tant depuis leur domicile que depuis les communautés où les emplois existent déjà. Les données montrent que cet objectif est réalisable s’il s’accompagne d’investissements adaptés.
Statistique Canada
Cat. 75-006-X (Oct. 2023) — Melvin, A. Niveau de scolarité postsecondaire et résultats sur le marché du travail chez les peuples autochtones au Canada. Regards sur la société canadienne
Cat. 75-006-X (Janv. 2025) — Loin de la maison : achèvement des études secondaires chez les membres des Premières Nations, les Métis et les Inuits dans les communautés éloignées, 2016 à 2021.
The Daily dq210804b (4 août, 2021) — Travail à domicile pendant la pandémie de COVID-19, avril 2020 à juin 2021. Tableau 2: Télétravail : faisabilité en fonction du niveau d’études.
Cat. 41-20-0002 (Apr. 2024) — Qualité de l’emploi chez les membres des Premières Nations vivant hors réserve et les Métis, 2022
Cat. 14-28-0001 (Aug. 2025) — Qualité de l’emploi au Canada, mise à jour – été 2025.
Tableau 36-10-0695-01 — Compte économique des peuples autochtones, 2022 (avr. 2025) et 2023 (déc. 2025).
Rapports économiques et sociaux, Vol. 6, No. 1 (janv. 2026) — Emploi et revenu des Autochtones dans les entreprises appartenant à des Autochtones .
Rapports économiques et sociaux, Vol. 5, No. 2 (fév. 2025) — Frenette, M. L’évolution de la nature du travail au Canada : 1987 à 2024
RÉS (oct. 2021) — Mehdi et Morissette. Le travail à domicile au Canada : qu’avons-nous appris jusqu’à présent? Cat. 36-28-0001.
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Autres sources
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Centre des Compétences futures (2024) — Les compétences numériques et le déficit de compétences. fsc-ccf.ca
Centre des Compétences futures (2025) — L’IA, et l’évolution des compétences futures. fsc-ccf.ca
Centre des Compétences futures / Signal49 Research (2023) — Apprendre les uns des autres : Une analyse comparative des besoins du marché du travail et des compétences correspondantes dans le Nord de l’Ontario, au Yukon et au Nunavut. fsc-ccf.ca
Signal49 Research (2024–2025) — GDP and employment forecasts for Yukon, Nunavut, and Northern Ontario 2024–2045. (en anglais seulement) signal49.ca
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Inuit Tapiriit Kanatami (2020) — Inuit Post-Secondary Education Strategy (en anglais seulement).
Commission de vérité et réconciliation du Canada (2015) — Appels à l’action.
Centre des Compétences futures (2023) — Portrait de la situation : L’acquisition de nouvelles compétences et l’emploi chez les Autochtones au Canada. fsc-ccf.ca